C' est une continuité de récits composée de
3 ecrits : l' eau, le feu et la terre et pour que cela ne soit pas trop
long j' ai preféré les publier en trois pages et voici
la derniere qui s'
appelle la terre :
TERRE
Dans de nombreuses représentations anciennes du monde, la
terre est incarnée par une déesse-mère (en grec Gaia, en latin
Tellus. chez les Germains Nerthus, en Polynésie Papa) et
beaucoup plus rarement par un être masculin (en Egypte
Geb ).
Les «noces sacrées» (hieros gamos) entre
le Ciel et la Terre sont l’objet de nombreux mythes et rites archaïques et
apparaissent en particulier dans les cultes destinés à lutter contre la
stérilité ainsi que dans les mystères grecs de la déesse Déméter. C’est
que la Terre est considérée comme I’origine de toute fécondité et de la
richesse qui en découle. C’est elle qui enfante à la fois les hommes et
les moissons — à tel point que le blé, par exemple, est souvent devenu le
symbole du jeune dieu associé à la terre, qui nait, pousse. meurt et
renaît au rythme des saisons. Cette fonction générique est d’aileurs si
prégnante dans l’imagination humaine que, dans nombre de cultures, le
sillon tracé par le laboureur est l’équivalent de la vulve, s’il n’est
méme ontologiquement la même chose (par exemple dans les Védas), et
qu’un enfant n’est considéré comme véritablement né que lorsque, après
ètre sorti du ventre de sa mère, il a été déposé sur la surface de la
Terre —signifiant par là qu’il est à la fois un petit homme dans sa
condition existentielle (né de sa mère de chair), (et le fils de la Mère
archétypale qui sera ainsi appelé dans sa vie, à travers une initiation
rituelle ou tout simplement endopsychique (individuation), à
devenir le puer aetenus qu’il est déjà par essence. C’est de cette
intuition très profonde qu’ est née l’alchimie elle-même (tout
est l’enfant de la matelia prima et l’adepte ne la travaille
que pour devenir lui-mème un filius philosophorum) ), de la mème
façon que le chaman des Indiens Cherokees tout autant que le mathématicien
Jérôme Cardan au xvr siècle, croient ou affirment tous les deux que la
terre est la mère des pierres précieuses, qu’ elle mûrit les métaux dans
son sein et que c’est elle, dans les processus de croissance qui sont les
siens, qui transforme le cristal en diamant —comme l’embryon en
foetus puis en bébé prèt à naître. C’est aussi de la Terre que les hommes
renaîtront, comme le fait annuellement la végétation, et il est
significatif à cet égard que le mot français « cimetière » vienne
directement du grec koimeterion qui signifie la « chambre
nuptiale » .
Dans l’Antiquité, la « déesse sacrée Tellus
qui nous offre les fruits de la nature » était représentée comme tenant à
la main une corne d’ abondance et dans le texte souvent recopié de la
Medicina antiqua, les hommes l’ implorent de leur donner des herbes
médicinales dans lesquelles ils pourront trouver les forces nécessaires à
apaiser les souffrances de l’humanité. (Le texte « païen », commençant par
les mots Dea sancta Tellus, fut corrigé au Moyen Age et débute
depuis lors par Deo sancto, mais le reste du texte n’a pas été
modifié.)
Pour les Chinois, la terre avait une forme
de carré et était comparée à une voiture protégée par le
baldaquin rond du ciel. Le mot signifiant « le ciel et la terre » (t’ien-ti)
désignait l’ensemble du cosmos cependant qu’on pensait que les quatre
coins de la terre était plantés de poteaux ou d’arbres gardés par
des étres surnaturels; pour les Mayas du Yucatan, il s’agissait de
quatre kapokiers ou bombax (Yaxché, Ceibo pentandra) tandis qu’un
axe du monde (axis mundi) ou un arbre
du monde s’élevait à l’endroit sacré du centre. Les tremblements de terre
sont toujours considérés comme l’expression de forces qui viennent
perturber l’ordre du cosmos et doivent donc être combattues. Le souhait
d’une terre solide et inébranlable apparaît a contrario dans la
valeur prêtée symboliquement à la pierre et au rocher. Les
plans des temples antiques reflètent souvent, sous une forme
architecturale, la structure idéale de la terre dans les pensées
archaiques.
Sainte Hildegarde de Bingen (1098-1179)
décrit ainsi dans son oeuvre, De operatione Dei, sa propre
vision symbolique de la terre : « La terre vivante est l’Eglise. A travers
le message des apôtres, elle met au monde le fruit de la justice
communiquée à l’origine par les apôtres à leurs disciples. Les apôtres
doivent aussi être l’herbe verte et pleine de vie de la foi, une herbe
qu’ils ont obtenue en semant la parole de Dieu. Et d’après la loi de Dieu,
ils doivent aussi être des arbres et donner des fruits dans leurs graines
jamais la luxure ni l’adultère ne pénètrent, ils mettent au monde des
enfants selon le juste mode de la reproduction. »
La terre joue aussi un grand rôle dans la
tradition islamique en tant que substance dont étaient faits les premiers
hommes. ( Allah aurait envoyé ses anges chercher de la terre de sept
couleurs différentes. La terre refusa tout d’abord de donner ainsi une
part d’elle-même et seul l’ ange de la mort put remplir sa mission en
volant des fragments de chacune des couleurs. Après la mort des hommes,
la terre recevra à nouveau ce qui lui a été dérobé.) Allah créa Adam et
c’est de lui que viennent les différentes races humaines: les blancs, les
noirs, les bruns, les jaunes, les verts (les indiens d’Asie à la peau
olivâtre), les demi-noirs (les Nubiens) et les rouges (les peuples
« sauvages»).
Dans les textes médiévaux, la substance de
laquelle est fait Adam est appelée limus, ce qui fut traduit par la
suite en allemand par les mots Lehm (glaise, argile) ou Leirn
(glu).
Sainte Hildegarde de Bingen raconte que la terre argileuse
et humide est devenue chair et sang en «mijotant » sur le feu de l’âme.
Dans de nombreux mythes concernant la création du monde, la terre glaise
est la matière à partir de laquelle les divinités auraient créé l’homme;
c’est notamment le cas du dieu à tète de bélier Knoum de l’ Egypte antique
ou de la déesse Aruru de l’épopée babylonienne de Gilgamesh qui donne
forme aux premiers hommes en utilisant des méthodes de poterie datant
vraisemblablement de l’ère néolithique. Comme la terre se trouve ainsi à
l’origine — et selon le principe qui veut que le début et la fin de toutes
choses, si elles nous apparaissent existentiellement séparées par
l’écoulement du temps et la longueur de notre vie, sont en fait,
ontologiquement, la même réalité — la terre se retrouve aussi être le but
de la quête de l’homme. L’origine est la fin, comme la fin est l’origine
(voir Ouroboros) et le contraire de la mort n’est pas la vie, mais
la naissance: car, comme la naissance nous a fait passer de la vie
véritable à la vie sur cette terre (voir Léthé), la mort est de fait,
symboliquement, une renaissance qui nous fait accéder à nouveau à la même
vie réelle de l’âme.
On retrouve ici le sens profond du mot
cimetière et la même différence entre la terre où nous vivons et la
valeur archétypale de la Terre, que la différence déjà signalée entre la
mère de chair et l’archétype de la Mère. Tout homme cherche alors sa Terre
promise, comme les Hébreux cherchaient la leur où s’incarnerait l’Alliance
avec Dieu : et de même que derrière Jérusalem se profilait le symbole du
gouvernement de Yahvé, toute Terre sainte, toute Terre d’immortalité est
celle où se déploie le divin, le « Principe », bref la vraie Vie par
rapport à la vie que nous menons sur cette « terre d’ici-bas », «vallée de
larmes » pour les uns, illusion et maya pour les autres.
La mort est le retour à la Terre, elle est un inceste
sacré qui nous promet la naissance. Autrement dit, faisant de nous
des vivants, la Terre nous promet de nous faire aussi des Vivants.
Et enfin quelques mots sur l’ air
AIR
L’un des quatre éléments fondamentaux avec
la terre, l’eau et le feu, l’air est d’essence masculine et gouverne trois
signes du zodiaque auxquels il imprime son caractère de légèreté, de
ductilité et d’intelligence active : les Gémeaux, la Balance et le
Verseau. Renvoyant, par l’intermédiaire du vent qui y devient le vent de
l’esprit, à l’image du souffle qui anime toutes choses et participe à la
création, il est aussi la marque d’un psychisme ascensionnel positif
lequel tout est mouvement - agitation s’il n’est pas domestiqué, renouveau
et principe de la quéte s’il est compris dans son essence. D’autant que,
remplissant l’espace qui sépare la terre des cieux, il en est aussi
l’agent de liaison et renvoie par là à l’idée de l’ame du monde qui est le
réceptacle de l’esprit et anime l’univers sensible.